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Histoire d'une vie

Celine Mademoiselle: COMMENT J’AI CHANGÉ DE VIE…

Céline Mademoiselle -110web

Je m’appelle Céline et j’ai 34 belles années ! Je suis Belge d’origine Camerounaise. J’ai vécu et grandit au Cameroun jusqu’à l’âge de 23 ans. C’est d’ailleurs au Cameroun que j’ai acquis toute mes valeurs (l’authenticité, l’honnêteté, la ténacité, la persévérance, la franchise, la générosité et l’ambition). Plus jeune, je regardais ma mère se préparer tous les matins pour se rendre au travail. Je me souviens qu’elle était particulièrement coquette et qu’elle s’habillait différemment tous les jours. La mode et le style étaient ses thérapies. Prendre soin d’elle, choisir ses vêtements avec soin, « sauver les apparences »… était sa manière de s’accrocher à la vie, car elle vivait un mariage malheureux. J’ai créé Céline Mademoiselle en 2011 pour lui rendre hommage afin de montrer au reste du monde ce que j’ai hérité d’elle.

En 2008, je travaillais comme desktop publisher dans une agence de publicité à Bruxelles. Poste obtenu après un stage de fin d’études au sein de la même agence. Ma spécialité était la mise en page. Mon travail consistait à adapter les annonces publicitaires destinées à l’impression papier, sous différents formats (abris-bus, 20 m2, tramway…) ainsi que de produire le matériel destiné à la promotion sur le lieu de vente. Bref, j’étais le dernier maillon de la chaîne de production avant l’envoi des fichiers chez les imprimeurs, les journaux ou les magazines. Après un an au sein de l’agence, j’ai réalisé que les possibilités d’évolution étaient limitées. Le monde de la publicité est relativement cloisonné. Il existe des Account managers, des graphistes, des chefs de production, des chefs studio, des personnes chargées de la stratégie, les Art-Director, les Copy, les directeurs de créations. Mon rêve était d’évoluer et d’effectuer le job de d’Account manager. Je ne m’étais peut-être pas bien renseignée, mais je ne voyais pas comment j’aurais pu évoluer dans ce système.

Savoir qui l’on est et ce que l’on veut
Je me connaissais assez bien pour savoir que j’avais de l’ambition. Je voulais aller loin comme l’on dit familièrement. J’avais besoin de savoir que des possibilités d’évolution de carrière étaient existantes et possibles. A cette époque, j’avais mon DUT en marketing obtenu au Cameroun (2 ans) et je venais d’obtenir mon Bachelier en publicité à l’IRAM à Mons (trois ans). Afin d’assurer mes arrières lors d’un retour éventuel au Cameroun, je m’étais dit qu’il serait judicieux de poursuivre mes études afin d’obtenir un Master. Ce qui serait mon Joker pour le futur. Diplôme qui pourrait s’avérer utile afin d’aspirer à une promotion dans une entreprise.

Saisir les perches du destin
Après un an au sein de l’agence de publicité, l’envie de partir était plus forte que tout. Tous les matins en allant travailler, j’implorais le bon Dieu afin qu’il m’envoie un signe. J’attendais le signe de la providence avant de prendre une nouvelle voie professionnelle. Je savais aussi que je ne voulais pas poser ma démission. C’était insensé car j’aurais perdu mon droit au chômage. La décision devait venir de mon employeur. Le signe arriva ! 2008 marqua le début de la crise des Subprimes. Notre agence perdit de gros clients. En 2009, les vagues de remerciements commencèrent. Tous les jours, nous recevions un email qui nous annonçait le départ de certains collègues. Je savais que mon tour arriverait. Un jour le directeur me convia dans son bureau avec la mine grave. « Céline, je dois te dire quelque chose… ». Lorsqu’il m’annonça la nouvelle je lui répondis ceci : « Tu sais K., ceci n’est pas une mauvaise nouvelle. La fin d’une histoire c’est le début d’une autre. Pour moi c’est une bonne nouvelle ». Je crois qu’il ne s’attendait pas à une telle réponse venant de la petite employée de l’agence que j’étais. J’ignore encore d’où me venait un tel courage. Je venais d’obtenir la réponse à mes prières. Je n’avais plus rien à perdre. Le destin m’offrait sur un plateau d’argent l’occasion de changer rapidement de carrière professionnelle. Pour être honnête, je suis très optimiste de nature. Je me focalise davantage sur les opportunités plutôt que les obstacles. Je ne nie pas les difficultés, je les relativise.

Se préparer au changement
Sans savoir qu’un jour je serais licenciée, j’avais anticipé en m’inscrivant à un Master en horaire décalé dans une excellente école de commerce à Bruxelles (ICHEC). J’avais longtemps hésité avant de m’y engager car je devais mettre ma vie entre parenthèses pendant quatre ans. La durée des études. En effet, je pensais naïvement que mes études de marketing à l’Université Catholique et mes études de publicité à Mons me permettraient d’être dispensée de la première, de la deuxième, et de la troisième année d’études à l’ICHEC. L’administration m’a fait comprendre que les programmes n’étaient pas similaires à ceux que j’avais pu suivre dans le passé. Je devais inévitablement reprendre le cursus à partir de la première année. En septembre 2008, alors que je venais d’obtenir au mois de juin mon bachelier en Publicité, j’entamais ma première année à l’ICHEC. Après mûre réflexion, cela aurait été dommage de ne pas le faire, je n’avais pas de copain, je n’avais pas d’enfant. Je n’avais aucune raison de ne pas me lancer dans cette aventure. Le temps passé à acquérir de nouvelles connaissances n’est jamais du temps perdu. Je n’étais pas triste d’être licenciée car je m’étais créé ma porte de sortie ou mon plan B en entamant ces études en horaire décalé. Pendant que je prestais mon préavis, je m’étais arrangée pour suivre des cours intensifs de néerlandais. Vivant en Belgique (un pays bilingue) et à Bruxelles en particulier, il était indispensable que j’apprenne à parler cette langue afin d’accroître mes chances de trouver un nouvel emploi.

Le networking
Je n’hésitais à parler de ma volonté de trouver un nouvel emploi autour de moi. Un ami qui suivait les mêmes cours que moi à l’ICHEC et travaillait parallèlement pour une banque, m’encouragea à postuler comme conseiller client auprès de cette institution. D’après lui, ils étaient à la recherche de nouveaux collaborateurs sans expérience particulière dans le domaine bancaire. J’ai rapidement mis mon profil LinkedIn à jour et je me suis arrangée pour que les deux managers de l’agence de publicité me fassent des recommandations. Je savais que la majorité des recruteurs consultent le profil LinkedIn des futurs candidats.

Accueillir le changement
J’avais mes recommandations. J’avais entamé des études (le nom de cette grande école était un réel atout sur mon CV). J’avais amorcé mes cours de néerlandais et j’avais postulé auprès de cette banque et mon CV avait été retenu. Après des tests psychotechniques réussis, j’ai été conviée au « Job day ». A la fin de la journée, si vos entretiens sont concluants, l’entreprise vous propose un CDI. Toujours très optimiste de nature, je me souviens avoir écrit comme titre sur mon CV : « Jeune femme dynamique et polyglotte à la recherche d’un nouveau défi professionnel ». Je parlais français, anglais et à peine néerlandais. Mais je croyais en ma bonne étoile. Ayant effectué des études de publicité, je me devais d’avoir un CV attractif. Je devais vendre mes compétences. Je devais me vendre. J’avais la chance de connaître un ancien directeur des ressources humaines. Nous avons répété mon entretien d’embauche une semaine avant afin que de mettre toutes les chances de mon côté. Il connaissait les questions habituelles. Il savait l’attitude à adopter pour réussir un entretien. Forte de cet exercice, mon entretien d’embauche s’était très bien déroulé. J’avais eu une proposition de contrat à la fin de la journée. Je me souviens de mes larmes car, moi Céline, la petite camerounaise, n’était plus desktop publisher dans une agence de publicité mais rejoignait une grande entreprise multinationale. Je venais de faire un bond professionnel. Ma nouvelle vie commençait…

En résumé, je dirais qu’il ne faut jamais se mettre de barrières à soi-même. Une dame d’origine rwandaise qui avait un poste important au sein de cette même banque m’a dit un jour que les seules barrières qui existent pour nous les Africains, sont celles que nous nous mettons à nous-mêmes. Etre noir en Europe, ne doit pas nous empêcher d’aspirer à plus. Avant d’entamer mes études de pub, j’avais rencontré une personne qui m’avait conseillé de faire des études d’infirmières. Selon elle, je ne trouverais jamais du travail dans la publicité parce que j’étais noire.

Dieu merci, je me suis fiée à mon instinct et j’ai essayé. Je n’ai pas eu peur d’aspirer à autre chose. Je ne me suis pas mise dans une case parce que je suis noire. Je ne me suis pas contentée de ce que j’avais, à savoir mon bachelier en publicité. J’étais dans un pays où je pouvais faire des études, j’ai saisi l’opportunité. Mon licenciement était une opportunité. On dit que la foi sans les actes est vaine. Avant d’être aidé par le ciel, il faut s’aider en se créant des portes de sortie, des opportunités. Que ce soit à travers la reprise d’études, une formation pour acquérir ou renforcer une compétence, l’apprentissage d’une nouvelle langue… Il faut aussi s’écouter et se faire confiance. Et enfin, prendre des risques. Mais des risques calculés.

J’espère que mon histoire vous aidera ou aidera une personne dans votre entourage.
Prenez bien soin de vous !

 

par celinemademoiselle.com

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